#Industrie 4.0 I Les robots relocalisent à l’ouest !

Premières applications industrielles des robots confectionneurs américains Sewbots : 330 unités doivent être implantées dans l’usine americsaine d’un sous-traitant chinois d’Adidas… Elle produira 23 millions de tee-shirt par an et s’accompagnera de la création de 400 emplois de techniciens…

Un article de Marie de Vergès, du Monde Économie sur l’impact de ce retournement de situation par rapport aux pays émergents. Avec ses 330 robots Sewbots, le site de Little Rocks pourrait à terme produire 23 millions de tee-shirts par an. Cet article mesure l’impact que pourrait avoir cette vague d’automatisation sur les pays émergents, Inde et Chine en tête..

Quand les robots s’éveilleront, les émergents…

Drôle de temps pour la mondialisation. Donald Trump nous avait habitués à ses Tweet rageurs fustigeant les délocalisations d’emplois américains vers la Chine. N’en déplaise au président des Etats-Unis, cette fois c’est un groupe chinois, l’entreprise de textile Tianyuan Garments Company, qui s’apprête à ouvrir, début 2018, une usine flambant neuve à Little Rock (Arkansas). Au programme : 400 nouveaux emplois, de techniciens essentiellement. Mais surtout, 330 robots tisseurs conçus par la société américaine Softwear Automation, capables de fabriquer certains vêtements de A jusqu’à Z. Du jamais vu.

23 millions de tee-shirts produits chaque année

Avec son armée de machines, Tianyuan, qui fournit des marques telles qu’Adidas et Reebok, envisage de produire quelque 23 millions de tee-shirts par an. Le tout à un prix rigoureusement imbattable. « Autour du monde, même la main-d’œuvre la moins chère qui soit ne peut rivaliser avec nous », s’est rengorgé en juillet le président du groupe, Tang Xinhong, dans une interview au China Daily. Miracle de la technologie ? Sans doute. Cette prouesse n’en est pas moins à l’avant-garde de mutations profondes dont les pays émergents et en développement risquent d’être les grands perdants.

Le phénomène a ses premiers théoriciens et autres oracles aux prophéties glaçantes. L’économiste de Harvard Dani Rodrik parle de « désindustrialisation prématurée » : le basculement précoce d’une économie vers les services avant d’avoir connu un vrai développement de son secteur manufacturier et, partant, une hausse significative de son niveau de revenu.

La robotisation des tâches

Au printemps dernier, le directeur de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, avertissait que deux tiers des emplois actuels dans les pays en voie de développement pourraient être tout bonnement « éliminés » du fait de l’automatisation. Sur l’échelle des vulnérabilités, certains sont plus mal lotis que d’autres : en Inde, 69 % des emplois seraient menacés, 77 % en Chine et même 85 % en Ethiopie !

La précision requise pour la confection de vêtements paraissait hors de portée d’un robot

Comme le Japon ou la Corée du Sud après la deuxième guerre mondiale, les pays les plus pauvres ont souvent misé sur l’industrialisation comme marchepied vers la prospérité. Avec des secteurs privilégiés comme le textile, basés sur des opérations d’assemblage à haute intensité de main-d’œuvre. Une industrie rendue compétitive par sa force de travail, abondante, faiblement qualifiée et bon marché. A force de gains de productivité, les pays se tournaient vers des activités plus sophistiquées telles que l’électronique, laissant la place à d’autres retardataires de l’industrialisation. La Chine ou la Thaïlande hier. Le Bangladesh, le Cambodge ou l’Ethiopie aujourd’hui.

La robotisation des tâches vient bousculer ces schémas. Elle a déjà percuté certaines branches comme l’automobile ou les services informatiques. L’Inde, championne en la matière, en fait l’expérience : les licenciements se multiplient au sein de ses plus grandes sociétés de services en ingénierie informatique (SSII). A contrario, le prêt-à-porter a longtemps semblé réfractaire à toute forme d’automatisation. La confection de vêtements se pratique peu ou prou à l’identique depuis l’invention de la machine à coudre au XIXe siècle. La précision requise paraissait hors de portée d’un robot.

Un brevet d’automate de couture à la demande

Mais les innovations de Softwear Automation montrent qu’un palier est franchi. Et ce n’est sans doute qu’un début. En avril, le géant américain du e-commerce Amazon a déposé un brevet pour développer un automate de couture à la demande. Un nouveau coup de semonce pour les pays en développement où la fabrication de vêtements et de chaussures est une très grosse pourvoyeuse d’emplois : 5 millions de personnes en dépendent au Bangladesh, 9 millions au sein de l’Association des ?nations de l’Asie du Sud-Est (Asean). Certes ces pays sont peu susceptibles d’automatiser rapidement leurs lignes de production. Mais une fois lancé le top départ, les robots tisseurs risquent de se développer à grande échelle sur leurs principaux marchés d’exportation, aux Etats-Unis ou en Europe.

« Les pays en développement doivent préparer leurs populations pour des emplois qui survivront aux robots », Sunny Varkey entrepreneur indien.

Juste retour des choses après des décennies de délocalisation vers les pays à bas coût ? Il semble difficile de s’en féliciter. A fortiori dans un monde qui rétrécit, où les révolutions d’un côté du globe se font sentir jusqu’à son autre extrémité. Les optimistes se réjouiront d’un bond technologique à même d’offrir à ces régions de l’Internet et des smartphones moins chers, des cours en ligne ou de nouvelles solutions de financement. Mais assez de travail ?

« La seule solution, c’est l’éducation. Les pays en développement doivent préparer leurs populations pour des emplois qui survivront aux robots », soulignait dans le Financial Times, mi-août, Sunny Varkey, entrepreneur indien à la tête d’un vaste réseau mondial d’écoles privées. Le milliardaire prêchait bien sûr pour sa paroisse. Son diagnostic n’en reste pas moins frappé au coin du bon sens. « Une génération de jeunes gens frustrés et sous-employés, sans filets sociaux, poursuivait-il, pourrait se transformer en force déstabilisatrice au sein d’Etats déjà fragiles. » Et même bien au-delà.

Pour aller plus loin

L’Union des Industries Textile (UIT) et BPI France oganisent, le 15 novembre prochain à Strasbourg, un business workshop franco-allemand sur l’industrie du futur. Au programme, des discussions autour de tables rondes thématiques, des rendez-vous d’affaires B2B et des pitchs de startups.WORKSHOP_BPI_UIT


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