Les raids chinois sur Draka puis Cerruti relancent la crainte du « prédateur » Chinois. La Commission européenne milite pour une autorité de contrôle. Après les griffes Lanvin, Guy Laroche ou ST Dupont, rachetées ces dernières années par des groupes d’origine chinoise, la maison de prêt-à-porter Cerruti a annoncé, mercredi 22 décembre, sa reprise pour 53 millions d’euros par le distributeur hongkongais Trinity Limited. Coté à la Bourse de Hongkong et filiale du conglomérat Li & Fung, Trinity détient déjà la licence de la deuxième ligne du groupe Cerruti 1881 et dispose de 381 magasins de prêt-à-porter en Chine. Ce rachat intervient quelques semaines seulement après l’offre publique d’achat (OPA) faite le 22 novembre par le chinois Tianjin Xinmao sur le néerlandais Draka, fabricant de câbles de hautes technologies.

La crainte du prédateur chinois
Cette nouvelle vague de rachats relance en Europe la crainte du « prédateur » Chinois. La nécessité de protéger certaines entreprises européennes essentielles à la sécurité d’un ou de plusieurs pays de l’Union, notamment face à d’éventuels prédateurs chinois, divise les esprits. En proposant de racheter l’entreprise 1,2 milliard d’euros, Tianjin Xinmao risque en effet de mettre hors jeu les deux prétendants européens, le français Nexans et l’italien Prysmian, qui proposent respectivement 730 et 840 millions d’euros.

Mais dans ce dossier, un nouvel argument vient d’être invoqué par le commissaire européen à l’industrie, Antonio Tajani : la protection des secteurs sensibles. M. Tajani se range du côté des industriels et appelle l’UE à protéger ses secteurs stratégiques. Dans un entretien au quotidien allemand Handelsblatt publié lundi 27 décembre, il propose de créer « une autorité chargée d’examiner les investissements étrangers en Europe », à la manière du comité chargé des investissements étrangers aux Etats-Unis (CFIUS).

Ces « raids » ont en effet de quoi inquiéter. Les entreprises qui les lancent évoluent dans un univers juridique et politique très particulier, leur management est loin d’être transparent. La prise de contrôle ratée du groupe minier anglo-australien Rio Tinto par Chinalco créa ainsi un drôle de précédent en la matière, avec l’arrestation, d’abord pour « trahison de secrets d’État », puis pour « corruption », du dirigeant sino-australien et de salariés chinois de Rio Tinto à Shanghaï, preuve s’il en est de la capacité de l’Etat chinois à exercer des représailles lorsqu’il considère que ses intérêts ont été floués.

Des réseaux complexes
Mais ce qui fait peut-être le plus peur aux Européens, c’est le fait que les multinationales chinoises sont insérées dans des réseaux et des chaînes de commandement cachées, celles du Parti communiste, qui dispose d’un comité dans chaque entreprise d’importance, dans chaque entité de régulation et dans chaque administration. Les ordres et les souhaits du parti ou de certains de ses membres – par exemple pour « absorber » une technologie ou acquérir des secrets commerciaux en vue de les exploiter ailleurs – peuvent primer sur toute autre régulation interne ou loi, internationale ou chinoise.

Or, les entreprises chinoises peuvent facilement financer leur expansion internationale, notamment à travers l’Eximbank et la China Development Bank, banques d’Etat, elles-mêmes soumises à des impératifs et des règles déconnectés des pratiques internationales. Ces risques sont souvent sous-estimés. D’autant que les investissements chinois sont aussi recherchés par les Etats européens, car jugés créateurs d’emplois. Le ministre de l’économie allemand, Rainer Brüderle, s’est d’ailleurs inquiété, lundi, des propos sécuritaires de M. Tajani, appelant les Européens à ne pas prendre de « mesures précipitées » dans ce domaine. D’après le journal Le Monde, Nicolas Véron, du centre Bruegel de réflexion sur les politiques économiques en Europe, estime de son côté qu’une autorité européenne « qui fixerait des règles pour que les projets d’acquisitions ne portent pas atteinte à la sécurité du marché intérieur, tout en déjouant les tentations protectionnistes » serait souhaitable.

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